Editorial

« REFONDER L’EUROPE », SELON L’APPEL DU PRESIDENT MACRON FACE A L’ACROPOLE ? OU, AU MOINS, LA RELANCER.

Cet ordre du jour s’impose : depuis trop longtemps, la construction de l’Union Européenne est bloquée, par les oppositions des uns ou des autres sur chaque dossier : l’immigration, la défense, l’accueil des réfugiés, l’union des marché de capitaux, la convergence fiscale – et l’on constate les effets désastreux de la règle de l’unanimité, juridique dans certains cas (la fiscalité), de facto dans d’autres, lorsqu’on renonce à décider faute de consensus. Le vote du Brexit il y a un an et les majorités populistes annoncées, notamment aux Pays-Bas et en France (les deux pays qui avaient déjà voté non à la nouvelle constitution européenne en 2005…) devaient mettre le dernier clou dans le cercueil de l’Europe.

Et puis, la situation a commencé à se retourner. Des fédéralistes européens l’ont emporté aux élections françaises, néerlandaise, italienne, etc. Les Britanniques, échaudés par la chute de la livre, le regain de l’inflation et le ralentissement de la croissance, commencent à regretter le Brexit, voire à chercher à le contourner. L’Union bancaire - une véritable nouvelle politique commune avec une supervision supranationale des banques, des assurances, et des marchés financiers - se met en place (même s’il reste à parachever les mécanismes de garantie des dépôts). Une politique européenne de sécurité et de défense est désormais sérieusement à l’ordre du jour : des propositions ont été présentées en commun par les Ministres français et allemande de la défense ; le Conseil Européen du 23 juin dernier a expressément prévu le lancement prochain d’une « coopération structurée permanente » (CSP) unissant certains pays, avec un mécanisme de décision à la majorité, et a décidé la création d’un Fonds de défense finançant la recherche et les équipements. Surtout, la tendance des opinions publiques semble désormais s’inverser : les sondages montrent, dans la plupart des Etats de l’Union, une remontée du sentiment pro-européen, un attachement à l’euro et une disponibilité pour des réformes.

Ce nouvel élan est au cœur du « Discours sur l’état de l’union » prononcé par le Président Juncker le 12 septembre, et on peut penser qu’après les élections législatives allemandes du 24 la période des réalisations concrètes commencera enfin à s’ouvrir.

La LECE, ARRI et une dizaine d’autres associations ont présenté, dès l’an dernier, une « plate-forme européenne » (voir sur ce site) comportant vingt propositions précises, qui portent sur quatre chapitres : l’économie ; les institutions ; la défense et la sécurité ; et la symbolique de l’Union, souvent ressentie comme technocratique alors qu’elle doit parler au cœur des citoyens. Certains nous ont dit alors que c’était trop ; mais aujourd’hui, le président Macron en présente… quarante, autour des idées de liberté, de solidarité ("l'Europe qui protège"), d’identité commune et de patrimoine commun européen ; il propose d’établir une « feuille de route à dix ans » et de repartir de la base, dans les pays membres, pour préparer sans doute une nouvelle Convention (comme celle de 2002-2004) afin de lever les blocages qui subsistent. Nous ne pouvons évidemment que soutenir une telle démarche. L’opportunité qui s’ouvre ne doit en aucun cas être manquée : en Europe, « qui n’avance pas recule ».

                                                                                                                                               13 septembre 2017    Ph. Jurgensen