Mot du Président

L’Union européenne, un champ de ruines ? Un projet sans avenir ? Le choc du Brexit, s’ajoutant aux conséquences de la double crise financière  et sécuritaire que vivent nos pays, le donnent à penser à bien des commentateurs. Et la tentation du repli nationaliste frileux, non seulement eurosceptique mais carrément anti-européen, est désormais au pouvoir, au-delà de la Grande-Bretagne, dans plusieurs pays d’Europe de l’Est (Pologne, Hongrie, Slovaquie…) ; elle se renforce aussi de façon très préoccupante dans l’opposition en France comme ailleurs en Europe de l’Ouest (Italie, Espagne, Pays-Bas, voire Allemagne…). 

C’est là une vision un peu courte. On oublie que l’Europe a toujours progressé par crises : celle de « la chaise vide », au début des années 60, a engendré la Politique agricole commune ; celle du système monétaire européen, dans les années 80 et 90, a engendré la monnaie unique ; la grave crise financière de 2007-2008, avec sa « traînée » de stagnation économique et de chômage, a engendré le Mécanisme européen de solidarité (doté de plus de 550 milliards d’€) et l’Union bancaire, autre « saut » supranational majeur  avec la supervision en commun des banques et assurances, un système commun de gestion des faillites et bientôt de garantie des dépôts. Les tensions actuelles dessinent deux autre domaines où la nécessité de politiques communes est ressentie même par les plus réticents : le domaine de la défense et de la sécurité (et de l’immigration, question liée, en tous cas dans l’opinion publique), où le Traité constitutionnel européen permet d’aller assez loin avec l’instrument des « coopérations structurées permanentes »  - ARRI et la LECE animent sur ce sujet un groupe de travail qui projette de publier un Livre Blanc dans  les prochains mois - ; et le domaine de l’harmonisation fiscale où, après le scandale des « Wikileaks » et les efforts s déjà faits par l’U.E. comme par l’OCDE pour contrer la fraude, la Commission européenne va déposer une proposition ambitieuse d’harmonisation de l’assiette de l’impôt sur les sociétés.

 

C’est déjà beaucoup. Il faut aller plus loin. L’université d’automne du Mouvement Européen, réunie à Strasbourg mi-octobre, a montré qu’il existe toujours un désir d’union, ainsi que des forces vives pour le soutenir. Des milliers de jeunes et moins jeunes, réunis dans une ferveur constructive, ont "planché" sur les projets de construction d’une Union renforcée. Et deux Ministres des finances, MM. Schaüble et Sapin, qui tiennent ensemble, s’ils s’accordent,  les clefs d’une relance de l’économie et de la construction de l’UE, sont venus exposer, ensemble, leurs projets communs - comme l’avaient déjà fait il y a peu, ensemble aussi, les gouverneurs des Banques centrales française et allemande. Leur plan est de mieux intégrer nos économies, ce qui suppose de la discipline budgétaire de notre part, des efforts d’investissement et d’intégration des réfugiés côté allemand, mais surtout le parachèvement de l’union bancaire et le début de l’intégration fiscale, le tout reposant sur une base démocratique plus solide avec notamment un Parlement de la zone euro (associant les parlements nationaux).

L’Europe ne doit pas être seulement notre souci, mais d’abord notre espoir. Elle doit avancer, sans attendre les résultats des innombrables consultations électorales, toujours en  cours dans nos pays démocratiques. C’est pourquoi ARRI a lancé, avec le Mouvement européen et d’autres, une « Plate-forme européenne » proposant des progrès décisifs en matière d’économie, d’institutions, de défense/sécurité, mais aussi de symboles qui nous fassent prendre conscience de notre profonde solidarité d’Européens.

                                                                                                                 Philippe JURGENSEN

                                                                                              Président exécutif de LECE-France

                                 Président de la Commission économique et sociale de LECE-International

PRESENTATION DE LA LECE

La Ligue Européenne de Coopération Economique – LECE - a été fondée en 1946 par le Belge Paul Van ZEELAND, le Polonais Josef Retinger et le Néerlandais Pieter Kerstens - auxquels sont venus rapidement se joindre d’autres personnalités européennes, dont le Français Edmond Giscard d’Estaing, le Britannique Harold Butler et l’Allemand Herman Abs.

Elle a figuré en 1948 à La Haye parmi les organisations fondatrices du Mouvement Européen[1].

La Ligue se définit comme un « groupe de pression intellectuel » au service de la construction européenne, soucieux d’exercer sa mission en toute indépendance à l’égard des intérêts privés ou des pouvoirs publics. Cette mission comprend tant l’éducation européenne de ses membres par l’information et l’organisation de débats sur les grands sujets européens que le développement de propositions destinées aux décideurs politiques et économiques.

Les membres de la Ligue, dans les onze pays d’Europe où elle est actuellement présente, sont issus principalement du monde économique et financier, mais aussi de la haute administration nationale et européenne, de l’université et des milieux politiques. Ensemble, ils constituent un réseau européen dont le capital d’expertise et d’influence est important. La Ligue jouit à ce titre d’un statut consultatif auprès du Conseil de l’Europe et de la Commission Economique des Nations-Unies.

La Ligue se distingue des nombreux clubs, associations et groupements divers poursuivant des objectifs similaires par le caractère très diversifié de ses membres, par la variété de leurs centres d’intérêt, et par un grand souci d’indépendance dans la formulation de leurs opinions.

 

Ceci confère à ses débats internes une ouverture et une franchise que leurs participants trouvent intellectuellement stimulante. Ce sont cette diversité et cette indépendance qui incitent la Ligue à poser les bonnes questions et, dans les réponses qu’elle apporte, à privilégier l’intérêt commun européen.

La ligue repose avant tout sur des Comités nationaux, qui jouissent d’une grande autonomie dans l’organisation d’activités propres. C’est principalement par leur intermédiaire qu’on devient membre de la Ligue et qu’on participe à son financement. Un statut de membre adhérent est prévu pour les résidents de pays où la Ligue n’a pas de comité national.

Le Conseil central, instance dirigeante de la Ligue, réunit deux fois par an les présidents des comités nationaux en activité sous la houlette du président international. Il est seul habilité à arrêter des résolutions au nom de la Ligue et à en assurer la diffusion par tous les moyens qu’il juge utiles. C’est également en son sein que sont débattus et approuvés les programmes de travail des Commissions internationales de la Ligue et que leurs réalisations sont évaluées.

Ouvertes à tous les membres de la Ligue, ces commissions sont actuellement au nombre de cinq et couvrent différents domaines de l’activité et de la coopération économique en Europe : Economique et Social, Infrastructures, Méditerranée, Monétaire, Voisinage. Ce sont elles qui assurent l’essentiel du travail de réflexion de la Ligue ainsi que l’élaboration de ses prises de position qui donnent lieu à diverses publications. Elles font fréquemment appel à des experts externes pour la présentation de dossiers qui retiennent leur attention. En outre, un groupe de réflexion « Europe & Stratégie » informe et conseille le président international, - actuellement, Monsieur Bernard SNOY -, et le Conseil Central sur les questions à traiter et les orientations à prendre.